9 Mars 1998
MOINS D'UN MOIS APRÈS SA CRISE PRÉCÉDENTE
ET UNE FAUSSE ACCALMIE
Le volcan sous surveillance

Dans la nuit de vendredi à samedi, une crise sismisque a débuté
au volcan, justifiant dimanche le passage en préalerte. 300 séismes
profonds ont été enregistrés entre 4 heures du matin
et 23 heures hier soir.
Après bientôt cinq ans et demi de sommeil, les signes de réveil
du Piton de la Fournaise se font de plus en plus rapprochés et insistants
avec la nouvelle crise qui a débuté à la veille de
ce week-end: après une quarantaine de séismes enregistrés
entre samedi 16 heures et dimanche à 4 heures du matin, le rythme
s'est accéléré au cours de la journée d'hier.
Hier soir à 23 heures, les capteurs qui permettent de prendre en
permanence le pouls du Piton de la Fournaise, avaient déjà
enregistré plus de 300 secousses depuis 4 heures du matin.
Comme le prévoit le plan de secours spécialisé
"éruptions volcaniques" établi en 1992 par le service interministériel
régional de défense et de protection civile, l'observatoire
volcanologique a informé la préfecture qui a décidé
le passage en préalerte.
Au Pas de Bellecombe, un panneau mis en place par l'Office national
des forêts recommande la vigilance et invite à s'abstenir
de faire le tour des cratères. Par ailleurs, autorités administratives
civiles et gendarmerie se tiennent prêtes à toute éventualité.
Que se passe-t-il sous le volcan ? Thomas Staudacher, directeur de
l'observatoire volcanologique, explique: "Une crise sismique a débuté
au cours de la nuit de vendredi à samedi. Contrairement aux épisodes
précédents (lire ci-dessous), nous enregistrons des séismes
beaucoup plus nombreux et à une profondeur plus importante, entre
deux et cinq kilomètres sous l'enclos - dont quelques-uns plus "gros".
Des mouvements de magma sont en train de se produire". Reste à les
interpréter. En effet, si les scientifiques se font une idée
assez vraisemblable selon eux des structures du Piton de la Fournaise,
des zones d'ombre demeurent quant à son fonctionnement.
UN "REMPLISSAGE" DE LA CHAMBRE MAGMATIQUE ?
La comparaison longtemps établie entre le volcan de la Réunion
et ses grands frères de l'archipel hawaiien n'aurait dans ce domaine
pas vraiment lieu d'être selon eux. Ainsi, Hawaii est semble-t-il
alimenté en direct et en permanence depuis le manteau terrestre
(plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur) comme en témoigne
l'éruption du Kilauea sur la grande île de l'archipel, quasi
ininterrompue depuis 1983 ! Au contraire d'Hawaii, le Piton de la Fournaise
semble pour sa part alimenté de façon discontinue. La majorité
de ses éruptions feraient appel à un magma stocké
dans une chambre "superficielle". Ensuite, les chercheurs décrivent
une chambre principale et une autre plus profonde (à une quinzaine
de kilomètres) qui serait "rechargée" périodiquement
depuis le manteau terrestre.
Seul hic: leurs hypothèses se fondent sur l'analyse de la sismicité,
l'analyses des laves émises, etc., entre autres éléments.
Mais ils n'ont jamais jusqu'à présent assisté véritablement
à l'ensemble d'un cycle de fonctionnement du Piton de la Fournaise
puisque l'observatoire n'existe que depuis 1979. Ainsi, la phase de "recharge"
du volcan leur manque. Ce phénomène sur la vraisemblance
duquel ils s'accordent, ne se produit qu'à intervalles de plusieurs
dizaines d'années ont-ils de bonnes raisons de croire. Or, la sismicité
profonde observée ces jours-ci pourrait être liée à
un tel épisode, le dernier "remplissage" supposé étant
intervenu il y a bientôt vingt et un ans, lors de de l'éruption
de 1977 qui avait mis en jeu un magma dont la composition indiquait sa
provenance profonde.
Selon Thomas Staudacher, hier soir, rien ne permettait d'envisager
ou d'exclure la probabilité d'une éruption dans un délai
rapproché: "Cela peut partir relativement vite, nous indiquait-il,
comme cela peut se calmer avant une prochaine crise".
François Martel-Asselin
La préalerte
La préalerte traduit une situation d'activité géophysique
anormale : sismicité anormale, déformation significative
du volcan, etc. Cette alerte reste limitée à l'observatoire
volcanologique, à la préfecture et à la gendarmerie.
Cette situation peut avoir trois types d'issue :
- elle débouche sur une crise éruptive;
- elle se maintient pendant une période quelconque (de l'ordre
de un jour à une voire plusieurs semaines);
- elle se termine par un retour à un niveau d'activité
"normal".
Les crises se rapprochent
27 août 1992 : dernière éruption en date du
Piton de la Fournaise. Elle s'achève le 23 septembre.
Septembre 1996 : après quatre années de calme
total, premiers séismes profonds enregistrés à l'aplomb
du nord de la plaine des Sables.
Novembre 1996 : une crise sismique conduit le préfet
à décréter l'état de préalerte, levé
peu de temps après avec le retour au calme.
Juillet 1997 : une sismicité faible mais régulière
s'installe, avec des périodes d'activité plus soutenue au
cours des mois suivants.
Janvier 1998 : sismicité en augmentation, apparition
d'un léger mais perceptible gonflement du volcan. Le seuil d'une
dizaine de séismes par jour étant atteint, une nouvelle préalerte
est mise en place le 29 janvier. En raison d'un relatif retour au calme,
elle est levée le 9 février.
Mars 1998: nouvelle sismicité, importante et profonde,
dans la nuit du 6 au 7. Passage en préalerte le 8.