7
Aout 1998
UN HOMME DE 39 ANS TOMBE DANS L'ENCLOS DEPUIS LE BORD DU REMPART
DUVOLCAN
Drame au Pas de Bellecombe

Pour la deuxième fois, le Pas de Bellecombe, mal protégé,
a tué. Un homme de 39 ans, Max Montéro, qui effectuait une
excursion sur le site du Piton de la Fournaise a fait, de nuit, une chute
de près de 150 mètres dans l'enclos, à la hauteur
de la table d'orientation.

«Il marchait devant, je le suivais. On s'éclairait avec la
torche. On venait d'arriver à la hauteur de la table panoramique.
J'ai soudain entendu un cri. Max venait de disparaître. J'ai compris
qu'il était tombé dans le vide. Et je n'ai plus rien entendu".
C'est ainsi qu'Hélène Strousser, âgée de 26
ans, métropolitaine en stage professionnel à la Réunion
depuis la mi-juillet (et qui doit repartir le 8 août) a expliqué
à Jacques Picard, responsable du gîte du volcan, le premier
secouriste arrivé sur place aux environs de 5h45 avec deux agents
de l'ONF, comment les choses se sont passées. Elle avait donné
l'alerte à l'aide de son GSM.
Max Montéro et Hélène Strousser, qui se connaissaient
depuis peu - ils s'étaient rencontrés il y a cinq ou six
jours seulement et avaient décidé de faire ensemble une balade
au volcan - avaient quitté Saint-Gilles mercredi en début
d'après-midi. Ils voulaient bivouaquer sur place, sur le terrain,
mais n'ayant pas trouvé de duvets à emprunter, il se sont
arrêtés pour la nuit à l'auberge d'Adret à la
Grande-Ferme, au pied de la route du volcan, et sont repartis de bonne
heure, hier matin, en direction du Pas de Bellecombe. Ils ont garé
leur véhicule sur le parking et pris la direction du parapet sur
le bord de l'enclos. Puis ils ont longé le garde-fou jusqu'à
la table d'orientation située une quarantaine de mètres plus
loin, toujours au bord du rempart. La jeune fille ne connaissait pas du
tout le volcan. Quant à Max Montéro, il y était déjà
venu, une seule fois. L'homme, vêtu d'un jogging et d'un coupe-vent
noir, précédait la jeune fille. Quelques mètres plus
loin, le drame se produisait.
Entre-temps, le jour avait commencé à poindre sur les
hauteurs nord-est de l'île. Pendant que les deux agents de l'ONF
entreprenaient la descente dans l'enclos, vers ce petit point que la jeune
fille leur montrait en leur disant que c'était le sac-à-dos
de son coéquipier, Jacques Picard, en attendant l'arrivée
du gros des secours, restait à ses côtés, la conduisant
à l'intérieur de la voiture qu'elle avait louée car
l'angoisse et le froid conjuguant leurs effets la faisaient trembler comme
une feuille morte. Six pompiers du Tampon, de la Plaine-des-Cafres et de
la Plaine-des-Palmistes ainsi que deux gendarmes de la brigade territoriale
du 23e km dont un spécialiste montagne, rejoints par le major Paillaud,
commandant adjoint de la compagnie de gendarmerie de Saint-Pierre, ne tardaient
pas à arriver sur les lieux.
VISIBILITÉ RÉDUITE
L'hélicoptère de la gendarmerie, avec à son bord
deux militaires du PGHM (peloton de gendarmerie de haute montagne) et un
médecin spécialisé du SAMU, survolait les lieux mais
le plafond de nuages, très bas, épaissi par le panache du
Piton Kapor toujours en éruption et poussé par un vent de
nord-est, empêchait toute approche. La visibilité s'était,
avec le lever du jour, réduite à moins de dix mètres.
L'hélicoptère déposait donc ses trois secouristes
au pied du cratère Commerson, qui rejoignaient ensuite le Pas de
Bellecombe par la route pour entreprendre la descente. Ils rencontraient
les deux agents de l'ONF qui les guidaient jusqu'à l'endroit où
le corps de la victime s'était écrasé au pied du rempart
de Bellecombe. Une dénivellation de près de 150 mètres.
Sur place, le médecin du SAMU confirmait la mort que les deux
guides lui avaient annoncée. Vu la position du corps et les fractures
et écrasement multiples qu'il présentait, on peut penser
qu'il a dû rebondir à plusieurs reprises contre la paroi en
tombant. Aux environs de 10 heures, l'hélicoptère revenait
et, profitant d'une trouée, récupérait le corps de
la victime et le déposait sur le parking du Pas-de-Bellecombe où
le corbillard des pompes funèbres le prenait en charge pour le déposer
à la morgue de l'hôpital Alfred-Isautier de Terre-Rouge à
Saint-Pierre. C'est alors que la mort de son compagnon de route était
confirmée à la jeune fille qui avait été conduite
au gîte du volcan dans l'attente de la fin de l'opération
de secours.
Jean-Pierre Santot