Le Journal de L'Ile de la Réunion    7 Avril 1998


Cinquième semaine d'éruption du Piton de la Fournaise

Les coulées visibles dans la Plaine des Osmondes

La reprise d'activité constatée dimanche matin s'est maintenue hier au Piton Kapor d'où s'échappe une coulée tandis que trois autres sont encore observables plus en contrebas.

L'éruption du 9 mars est donc entrée hier après-midi dans sa cinquième semaine (notre édition d'hier), en se signalant dès dimanche matin vers 5h20 par une forte poussée de fièvre. La reprise des projections a eu lieu sous les yeux des visiteurs médusés, d'autant plus impressionnés qu'une coulée a débordé un temps d'un pan du rempart du cratère dans leur direction avant de se figer Ce regain d'activité s'est traduit par une coulée bien visible depuis le cratère Magne dont elle s'est rapprochée hier avant de s'étaler plus loin en contrebas.
Des survols aériens - le temps était plutôt beau hier - ont permis de constater par ailleurs que trois coulées qui ressortent après un parcours en tunnel sont toujours apparentes dans les pentes qui mènent vers la Plaine des Osmondes, mais leur front n'a pas progressé.
Les points de vue du Piton de Partage (une demi-heure à pied) et, pour les marcheurs plus courageux, du Nez coupé de Sainte-Rose (une expédition de plusieurs heures), toujours en longeant le rempart nord de l'enclos, doivent permettre une approche intéressante de ces coulées invisibles autrement qu'en les survolant.

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Les perles (d'obsidienne) de Lonely Planet

La parution de tout nouveau guide sur la Réunion est l'occasion d'une chasse aux perles. Le "Lonely Planet" consacré à notre île, présenté hier à Saint-Denis (lire en page 18), n'échappera donc pas à la règle Morceaux choisis sur le volcan.

Sans doute selon le point de vue adopté, notre bon vieux Piton de la Fournaise est affublé de trois altitudes différentes. Nous vous faisons confiance pour trouver sa hauteur réelle: 2510 m (carte, page 53), 2631 m (page 55) ou 2632 m (page 166) ? A la décharge des rédacteurs, qu'ils se consolent en apprenant que l'IGN sur ses dernières cartes, a réévalué d'un mètre quelques-uns de nos sommets
Mais ce n'est pas tout ! L'état des connaissances évolue et la dernière activité du Piton des Neiges remonterait en réalité à une période beaucoup plus récente que celle annoncée (- 30 000 ans, page 55). Pour en rester à l'histoire (très) ancienne, signalons aussi que la trace du point chaud qui a donné naissance à notre île, et avant elle à l'île Maurice, ne se "perd" pas aux Maldives (page 55) puisque l'on considère généralement que les empilements de basalte de la région du Deccan, en Inde, lui doivent leur origine !
De bonnes références faisant toujours bonne impression, "Lonely Planet" fait appel au "Dictionnaire de géologie" de l'éditeur scientifique Masson pour abreuver son lecteur avide de découvertes de "définitions qui peuvent se révéler utiles au cours d'une visite au piton de la Fournaise" (page 54). Patatras ! Passons sur la description des "laccolites" et autre "rhyolites" - qui laisseront de marbre le lecteur moyen. Quant à l'obsidienne ou la pierre ponce, nous promettons aux inconditionnels de Lonely Planet qui nous en ramèneraient de les faire parvenir sans délai au muséum d'histoire naturelle du jardin de l'Etat.
Randonneurs, attention. Même si la visite du volcan est "sans danger" - et n'y voyez pas une contradiction ! - gare aux nuages et au brouillard. Dans le fond de la caldera, "au cours des dernières années, plusieurs personnes sont mortes pour s'être ainsi perdues. Si vous vous y rendez, munissez-vous de la carte au 1/25000 et éventuellement d'une boussole" page 167). C'est ainsi que se font et se défont les "légendes": les derniers morts dans l'enclos du volcan (autre que par chute ou crise cardiaque) remontent à il y a plus d'une vingtaine d'années; quant aux boussoles, chacun sait que l'oxyde de fer contenu dans les laves à une fâcheuse propension à fausser l'orientation de la petite aiguille censée indiquer le nord

FÂCHÉ AVEC LES CHIFFRES

Amis randonneurs, écoutez encore ce conseil (page 120) : en prenant le GR2 depuis le village du Tremblet sur la côte, "comptez deux à trois jours pour atteindre le gîte du volcan" par le Nez coupé. Normalement, une dizaine voire une douzaine d'heures suffit pour effectuer cette vingtaine de kilomètres (carte ci-dessus)
Lonely Planet, décidément, semble fâché avec les chiffres. Après les altitudes, ce sont les dates où l'erreur côtoie l'approximation: "La dernière éruption du piton de la Fournaise date de 1993" (page 56) puis "le dernier à se manifester, à la fin de 1992, a été le petit cratère Zoé". C'était le 27 août 1992 en réalité "Parmi les éruptions les plus récentes, celle de 1977 a vu les coulées atteindre la route nationale près de Sainte-Rose" (page 56) et même la mer !
Les hauts lieux de la volcanologie ne sont pas oubliés dans cette énunération. Ou plutôt si, puisque l'observatoire est allègrement confondu avec la Maison du volcan (page 163) "petit musée ultra-moderne" dont il est écrit que "c'est également dans ce lieu que les scientifiques surveillent attentivement les états d'âme du piton de la Fournaise dans l'éventualité d'une éruption". L'envoyé spécial de Lonely Planet à la Réunion, décidément fâché avec les scientifiques, insiste à leur propos: ils "espèrent un jour prévoir () les premières minutes d'une éruption" (page 120). Merci, c'est déjà fait puisqu'en février 1981, avec plusieurs jours d'avance, l'observatoire mis en place quatorze mois auparavant était en mesure d'annoncer sa première éruption !
F. M.-A.



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