Le Journal de L'Ile de la Réunion6 Aout 1998


La grands foule du côté de la Vierge au Parasol

La nuit la plus chaude

Alertés du passage imminent de la lave sur la Route nationale 2, des milliers de curieux ont convergé, mardi soir, vers la Vierge au Parasol, occasionnant des bouchons "monstres". Vers minuit, ils étaient au moins 1 500 agglutinés au pied de la coulée. Ambiance d'une virée nocturne pas comme les autres...



Un peu à l'image de la folie suscitée par les premiers jours de l'éruption du Piton de la Fournaise en mars dernier, des milliers de visiteurs convergent tous les jours, depuis une semaine, vers le site de la Vierge au Parasol. Mardi après- midi, dès la fermeture des bureaux, une véritable marée humaine motorisée s'est précipitée vers l'enclos en espérant arriver à temps pour voir la lave atteindre enfin la route. En effet, après dix kilomètres de trajet sur les flancs "du monstre", la RN2 était en grand danger mardi soir, d'où la grande foule...

Pas du tout prévue pour absorber un tel flux de véhicules, l'étroite RN2 devait saturer très rapidement. Histoire de réguler le flot des voitures, les gendarmes avaient dressé un premier barrage à hauteur de l'église de Notre-Dame-des-Laves, soit à environ huit kilomètres du site de la coulée (40 minutes d'attente vers 22h). A partir du hameau de Bois-Blanc, il n'était plus possible (ou presque) de se garer, les derniers kilomètres menant à l'aire de pique-nique envahie par les laves (250 mètres plus au sud du parking de la Vierge) se faisant alors à pied, dans le "fénoir" pour tous ceux qui n'avaient pas prévu de lampe ! En fin de soirée, la route du rempart de Bois-Blanc avait des allures de grandes artères piétonnes en période de soldes. Un "rush" à la hauteur du spectacle, impressionnant... Au pied de la coulée large de plusieurs mètres, même dans sa partie inférieure, des milliers de curieux s'étaient agglutinés, installés face à la pente, un peu à l'image d'un public venu asssister à un concours de saut à ski. Une assistance bruyante, joyeuse, plutôt indisciplinée, toujours prompte à jouer les sculpteurs de lave fraîche (aucun blessé encore mardi soir, les autorités peuvent réellement prier la Vierge...). Intenable toute la journée de mardi, la lave devait stopper sa progression à 2,5 mètres de la route très précisément... Pour ne pratiquement plus avancer de toute la nuit, alors à la vitesse d'un continent à la dérive...

Comme impressionnée par la présence d'un gros et grand filaos, dernier rempart entre la route nationale et la coulée, la lave devait se figer au plus près de cette bande de bitume que l'on disait, mardi soir encore, "condamnée" à plus ou moins courte échéance. Sculptées comme les "mâchoires" d'un bénitier géant, les extrémités des différentes coulées, soudainement peu alimentées, se solidifièrent toute la nuit, ne laissant filtrer entre leurs "dents" serrées qu'un mince filet de lumière rouge . Arrivé un peu dans la panique générale, le gros de la foule devait plier bagage vers deux heures du matin, ne laissant derrière lui qu'une cinquantaine de férus bien décidés à passer la nuit sur place, ce "dernier carré" espérant secrètement voir la lave reprendre sa progression vers la route et la mer...
Mais il n'en fut rien. Vers 4h30 du matin, soit quelques minutes après qu'un court mais sévère "grain" ait définitivement réveillé ceux qui s'étaient assoupis, un second flot de visiteurs arrivait sur le site - trois cents tout au plus - pour voir le lever de soleil.

Un soleil très discret ce mercredi matin, complètement masqué par les nuages. Dans la fraîcheur des premières heures du jour, ceux qui étaient restés sur place pour veiller toute la nuit l'épais tapis de braise découvraient le spectacle un peu terne d'une grande zone sale et boueuse (jadis verte et vierge de tout détritus) ainsi que d'une lave aussi noire que dure, presque sans vie. Mercredi matin, alors que d'autres coulées se précisaient plus au Nord, (côté rempart de Bois-Blanc), rien ne laissait présager une reprise du mouvement sur l'aire de pique-nique. Par contre, sur la route, d'autres grands rushs sont attendus cette semaine et probablement tout le week-end !
B.L.


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