5
Aout 1998
LA LAVE EN ROUTE VERS LE LITTORAL
Un long fleuve pas tranquille

Parties de 2 150 mètres d'altitude, les coulées du piton
Kapor ont atteint hier après-midi la RN 2 qui a été
coupée à la circulation en fin de journée. A 1 heure
du matin, la nuit dernière, la lave après avoir traversé
le parking jouxtant la route, n'était plus qu'à deux mètres
de la chaussée. Les visiteurs ont répondu à l'appel
par milliers.

L'éventualité s'en était fait plus pressante la semaine
dernière avec l'apparition de fleuves de lave dans la forêt
du Grand-Brûlé. Les coulées du piton Kapor, situé
à 2 150 mètres d'altitude et à une dizaine de kilomètres
de là, étaient un peu tombées dans l'oubli. Fluides
à souhait, elles se rappelaient à notre bon souvenir en dévalant
les «Grandes pentes». Hier, la coulée principale a brusquement
accéléré sa descente dans la matinée. Elle
s'est frayé un chemin, avalant la végétation, pour
déboucher sur un des parkings - témoins de l'ex-RN 2 au tracé
rectifié - qui jouxtent la route nationale.
La nouvelle de l'arrivée imminente de la lave sur la route nationale
s'est propagée comme une traînée de poudre en fin d'après-midi.
Depuis cinq jours, les visites étaient nombreuses sur le bord des
coulées. Hier, elles ont littéralement explosé. La
route coupée et les milliers de marcheurs sur les bas-côté
de la chaussée n'ont pas arrangé les choses. Le flux incessant
de voitures n'a pu être absorbé. Conséquence, la pagaille
la plus totale régnait dans la soirée. Les gendarmes ont
dû mettre en place un premier barrage au niveau de Notre-Dame-des-Laves
à Piton-Sainte-Rose, pour éviter le trop-plein. Quelques
kilomètres plus loin, le barrage n'était plus filtrant, il
était effectif. Les voitures, garées à la va-vite,
ne permettaient plus le passage de deux véhicules de front. Les
motards ont bien verbalisé, mais en vain, les véhicules abandonnés
par leurs propriétaires depuis le village de Bois-Blanc jusque dans
les rampes qui descendent dans l'enclos. Il fallait plusieurs heures pour
arriver là. Et encore du temps pour se rendre à pied dans
le saint des saints.
UN SPECTACLE UNIQUE
Ironie de la situation, le parking de la Vierge au Parasol, situé
à environ 300 mètres de la coulée principale se vidait
petit à petit de ses occupants au fil des heures en cours de soirée.
De nombreuses places se libéraient, les partants alimentant un gigantesque
embouteillage de la Vierge au Parasol à Bois-Blanc, un trajet de
moins de trois kilomètres qui a nécessité jusqu'à
deux heures d'attente, moteur arrêté ! A quelques kilomètres
de là, les nouveaux arrivants devaient prendre leur mal en patience.
Certains ont purement et simplement renoncé. Les prochains jours
s'annoncent difficiles. Mais le jeu en vaut la chandelle. En attendant,
la situation n'est pas facile pour tous les usagers obligés d'emprunter
la route des Plaines ou de passer par la côte ouest pour se rendre
vers le Nord ou l'Est. Caprices de la nature
N.D.
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La Vierge au Parasol n'est pas sauvée
Moins de 150 mètres au-dessus du parking de la Vierge au Parasol,
le sentier emprunté par les visiteurs ces dernières semaines
est brusquement coupé par une coulée secondaire venue s'étaler
là au gré de la déclivité qui l'entraîne
vers l'est - nord-est en direction du parking précisément.
Si cette coulée devait continuer à être alimentée
à partir de la coulée principale, il n'est pas à exclure
que la pente naturelle l'entraîne droit vers la tente des sapeurs-pompiers
située à peu près au milieu du parking et donc presque
face à la Vierge. Si tel était le cas, l'événement
ferait mentir tous ceux qui dès hier criaient au miracle en rappelant
qu'en 1977, les coulées s'étaient arrêtées à
la porte de l'église de Piton Sainte-Rose, rebaptisée Notre-Dame-des-Laves.
F. M.-A.
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* NDLR : mercredi matin 5 août la coulée était
immobilisée à 2 mètres de la chaussée et n'avait
plus progressé depuis une douzaine d'heures.