

VALEUR SYMBOLIQUE
Il fallait hier soir laisser sa voiture sur le bord de la route et marcher
pendant plusieurs kilomètres pour pouvoir s'en mettre plein les
yeux. De parole d'expert, on n'avait pas vu une telle foule depuis le début
de l'éruption et la prise d'assaut du Pas de Bellecombe. Pas découragées
pour autant, des familles entières se sont agglutinées au
point le plus bas de la coulée. Et là, le spectacle était
aussi bien sur la lave qu'à côté.
Depuis ce week-end, on a vu apparaître un nouveau jeu aux abords
des coulées : la pêche à la lave. Le principe en est
relativement simple, même si, parfois, l'exécution laisse
à désirer. Il s'agit de se munir d'un long bâton, de
le «tremper» le plus profondément possible dans la lave
pour en ressortir un morceau de roche incandescent. Quand il ne revient
pas bredouille, le «pêcheur» laisse la lave refroidir
au bout de son bâton, ou bien il la dépose par terre. Dans
un cas comme dans l'autre, le danger n'est pas négligeable.
L'imprudence n'a plus de limites. On a vu certains amateurs de ce nouveau
jeu fendre la foule avec leur trophée à plus de 1 000 degrés
à bout de bras. D'autres ont trouvé une alternative au bâton.
Armés d'une pelle, ils ont joué à celui qui arracherait
le plus gros morceau de lave. L'histoire ne dit pas qui a gagné.
Aux souvenirs solidifiés, qui peuvent avantageusement servir
de presse-papiers une fois ramenés à la case, d'autres ont
préféré une simple photo, histoire de dire : j'y étais.
Les abords de la coulée sont devenus, le temps d'une soirée,
le plus grand studio photographique de la Réunion. Mais la présence
des «pêcheurs» au plus près de la lave a bien
souvent empêché modèles et artistes d'approcher.
L'arrivée des coulées sur la route nationale a surtout
une valeur de symbole. Tout le monde veut en être. Même si
le spectacle est beaucoup moins grandiose que lorsque les torrents de lave
dévalaient les pentes de l'enclos.
N.D.