Le Journal de L'Ile de la Réunion5 Aout 1998


LEs COULÉES ONT ATTEINT LA NATIONALE 2

On the road again !

Comme en 1977 et 1986, la lave a atteint la route nationale 2 hier, poursuivant inlassablement sa route vers la mer. L'événement tant attendu a drainé une fois de plus les foules du côté de la Vierge au Parasol.

Ça y est, c'est fait. Depuis le temps que tout le monde en parlait, il fallait bien que cela arrive. A force de couler inlassablement dans le grand-Brûlé, la lave est parvenue la nuit dernière, sur la route nationale 2. Alors que depuis le début du week-end, elle déroulait son tapis rouge et noir à un train de sénateur, elle a brusquement accéléré le mouvement pour le plus grand plaisir des visiteurs qui se sont rués sur place en entendant la nouvelle. Des milliers de personnes ont pris le volant pour se rendre sur place. Une ambiance digne des premiers jours de l'éruption au Pas de Bellecombe.
La veille, les coulées descendaient à une vitesse estimée à un mètre par heure. Le rythme a été décuplé, la lave traçant son chemin droit devant. La coulée qui se trouve juste au-dessus de la Vierge au Parasol a perdu de sa vigueur. Elle reste tout de même active et représente toujours un certain danger.
Le relais a été pris par une autre coulée, située quelques centaines de mètres plus au sud. Plus besoin de jouer les alpinistes amateurs, le spectacle est à portée de main. Les amoureux du volcan et ceux qui avaient raté le coche depuis le 9 mars, ont droit à l'oral de rattrapage. Et sans effort ! Quoique... si le déplacement vertical n'est plus nécessaire pour s'approcher de la roche en fusion, horizontalement en revanche, c'est une autre histoire.

VALEUR SYMBOLIQUE

Il fallait hier soir laisser sa voiture sur le bord de la route et marcher pendant plusieurs kilomètres pour pouvoir s'en mettre plein les yeux. De parole d'expert, on n'avait pas vu une telle foule depuis le début de l'éruption et la prise d'assaut du Pas de Bellecombe. Pas découragées pour autant, des familles entières se sont agglutinées au point le plus bas de la coulée. Et là, le spectacle était aussi bien sur la lave qu'à côté.
Depuis ce week-end, on a vu apparaître un nouveau jeu aux abords des coulées : la pêche à la lave. Le principe en est relativement simple, même si, parfois, l'exécution laisse à désirer. Il s'agit de se munir d'un long bâton, de le «tremper» le plus profondément possible dans la lave pour en ressortir un morceau de roche incandescent. Quand il ne revient pas bredouille, le «pêcheur» laisse la lave refroidir au bout de son bâton, ou bien il la dépose par terre. Dans un cas comme dans l'autre, le danger n'est pas négligeable.
L'imprudence n'a plus de limites. On a vu certains amateurs de ce nouveau jeu fendre la foule avec leur trophée à plus de 1 000 degrés à bout de bras. D'autres ont trouvé une alternative au bâton. Armés d'une pelle, ils ont joué à celui qui arracherait le plus gros morceau de lave. L'histoire ne dit pas qui a gagné.
Aux souvenirs solidifiés, qui peuvent avantageusement servir de presse-papiers une fois ramenés à la case, d'autres ont préféré une simple photo, histoire de dire : j'y étais. Les abords de la coulée sont devenus, le temps d'une soirée, le plus grand studio photographique de la Réunion. Mais la présence des «pêcheurs» au plus près de la lave a bien souvent empêché modèles et artistes d'approcher.
L'arrivée des coulées sur la route nationale a surtout une valeur de symbole. Tout le monde veut en être. Même si le spectacle est beaucoup moins grandiose que lorsque les torrents de lave dévalaient les pentes de l'enclos.
N.D.


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