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Aout 1998
Affluence record ce week-end
Un dimanche au bord des laves
Au fil des jours et des heures, la pression monte sur le site de la Vierge
au Parasol... Hier, des milliers de visiteurs ont fait le court chemin
qui mène du parking au front des coulées pour admirer le
spectacle. Quelque peu figées vendredi et samedi, les langues de
laves ont sensiblement progressé au cours de la nuit de samedi à
dimanche. Plus que jamais, la route nationale semblait hier soir en sursis...
Pas de doute, la pression est montée d'un cran toute la journée
d'hier... De nouvelles coulées sont venues recouvrir et dépasser
celles figées depuis vendredi à environ 200 mètres
de la route, les serpents de lave ont repris leur lente progression vers
la RN 2. Hier soir, on les estimait à moins de 200 mètres
de l'axe routier reliant Sainte-Rose à Saint-Philippe et à
90 mètres d'altitude (la route se trouve pour sa part à 65
mètres d'altitude). A en croire certains observateurs, la coupure
annoncée un peu précipitamment la semaine dernière
se précisait cette fois. Comme attirés par ce dénouement
peut-être proche, des milliers de visiteurs ont passé leur
dimanche au bord des laves, comme d'autres passent leur dimanche au bord
de la Loire. En vous annonçant dès vendredi "la grande foule"
pour ce week-end, le Journal de l'Ile était presque en dessous de
la vérité ! Pour la Vierge au Parasol, cette journée
de dimanche restera comme un 15 août avant l'heure. Pour l'occasion,
le parking du célèbre lieu de pèlerinage accueillait
une vingtaine de stands et vendeurs en tout genre (gâteaux patate,
paniers en vacoa, plantes vertes, boissons fraîches, objets pieux...).
Pour un peu, on se serait cru à la foire de Bras-Panon, les cabris
en moins. Affaires obligent, le coca vendu 8 F la veille au camion-bar
était passé hier à 10 F, les temps sont durs pour
tout le monde... Un brouhaha inhabituel qui ne devait cependant pas trop
perturber ceux qui, chaque dimanche, viennent prier la Vierge. Un peu à
l'image de ce qui s'était passé les premiers jours d'éruption
au Piton Kapor, beaucoup devaient même choisir, dans la nuit de samedi
à dimanche, de camper sur place - malgré la pluie ! - pour
admirer le spectacle de nuit Hier matin, impossible de trouver une place
de stationnement, même pour ceux arrivés aux premières
heures du jour. De part et d'autre du site, la file des voitures parquées
sur les bas-côtés de la route s'étirait sur près
d'un kilomètre. Prévoyants, certains avaient emporté
leur VTT avec l'intention, une fois garés à Sainte-Rose,
de faire les derniers kilomètres à vélo. Jadis sentier
discret, le chemin qui mène aux coulées semble avoir été
emprunté par un troupeau de bisons au galop. Si la végétation
reprendra vite ses droits, le spectacle des fougères et arbustes
arrachés n'est pas des plus plaisants... Venus en famille, bon nombre
de visiteurs avaient visiblement bien préparé cette excursion
dominicale en faisant suivre le matériel de pique-nique.
Le grand rush annoncé a donc eu lieu. Premier point important
et positif à signaler, les pèlerins ont pour beaucoup troqué
leur tenues "légères" pour un équipement un peu plus
adéquat. Beaucoup ont ainsi changé leur savates "deux doigts"
contre, au moins, une paire de baskets, preuve que vous avez suivi nos
bons conseils... Une fois de plus, quelques imprudents auront appris à
leurs dépens que les petits morceaux de lave peuvent être
coupants comme du verre. D'autres auront laissé un peu de leur sang
perler aux branches épineuses des raisins marrons. Sur place en
tout cas, le spectacle était une fois de plus extraordinaire, quoique
moins spectaculaire que vendredi ou samedi, les grandes rivières
de lave ayant disparu. Sur le front des coulées, la situation change
d'heure en heure, pour ne pas dire de minute en minute.
En fonction de "l'actualité" du moment, la foule se déplace
de point chaud en point chaud. On annonce une cascade de lave sur la droite
et c'est un tunnel qui s'effondre sur la gauche... Pas facile, également,
de comptabiliser sans risque d'erreur les différentes langues (et
sous-langues !) de lave qui serpentent au hasard de la forêt. Une
chose est certaine, la lenteur des coulées permet aux gens de s'approcher
tout près, de "braver" l'enfer. Munis d'une simple branche ou d'une
pelle, des centaines de visiteurs s'amusent à «tripatouiller»
la lave comme on remue de la confiture avec une cuillère en bois.
Détachés de la masse, les morceaux de roche en fusion sont
ensuite modelés avant qu'ils ne "sèchent". Presque du travail
de verrier, le souffle en moins !
Les plus habiles fabriquent en série des cendriers et/ou des
imitations de nids d'oiseaux... Partout, on filme et on photographie. Chacun
repart avec son petit morceau de lave de la dernière coulée
en date. Du coup, c'est un peu la pagaille. Tout le monde "joue" du bâton
incandescent... Si les abords du piton Kapor était jadis surveillé,
les milliers de visiteurs sont livrés à eux-mêmes dans
la forêt.
Tout le monde s'amuse au mépris du danger pourtant réel.
Sur le parking, les pompiers ont installé un poste de secours ,
histoire de prodiguer les premiers soins. Hier par exemple, un dame âgée
a dû être soignée pour de multiples blessures dues à
une chute. Aujourd'hui lundi, si le flot des visiteurs s'annonce sans doute
moins fourni, la "promesse" d'une coupure de la route nationale promet
d'attirer une foule encore conséquente.
B.L.