

En 1931, on n'est souvent témoin des éruptions que de très loin. Des lueurs sur les nuages qui couvrent généralement le massif en d'après-midi, de sourds grondements entendus aux heures où le vent tourne, sans plus. Il est vrai qu'aller observer le phénomène sur place nécessite une véritable expédition. On se contente donc d'attendre, jusqu'à ce qu'un jour un début de coulée fasse une éblouissante apparition au bord des grandes pentes", note le Mémorial de la Réunion. C'est ainsi que se déroule le début de cette éruption qui s'étalera sur près de huit mois. "Le volcan tonne, illumine le ciel, alterne les périodes d'activités et de clame", relate le Mémorial. A la fin juin, l'activité volcanique semble pourtant s'essouffler. Du moins, c'est ce que tout le monde pense. Mais quinze jours plus tard, les lueurs reprennent de plus belle et les laves dévalent sur la route nationale qu'elles atteignent le 20 juillet au soir. "Elles ont avancé de 40 mètres en 5 secondes", constateront même les gendarmes.
Maurice Jean, un professeur du lycée Leconte-de-Lisle, monte alors une expédition. Celle-ci se dirige vers le rempart de Bois-Blanc, juste au-dessus de l'éruption. A son retour, il note que "la plaine des Osmondes n'est plus qu'un vaste champ de laves récentes. Elle est parcourue par un véritable torrent émis par une fissure qui se trouve au Nez-Coupé contre le massif de la Fournaise. Le cratère est le siège de projections au nombre de 10 à 12 par minute". Le 4 août, une seconde coulée atteint la route, à quelques mètres de la première. Le lendemain, elle plonge dans la mer dans un immense jaillissement de vapeur. Dans son sillage, une troisième coulée coupe une nouvelle fois la nationale. Les laves, toujours aussi fluides, se déversent dans l'océan deux heures plus tard. Puis le 14 août, la route est recouverte de magma pour la quatrième et dernière fois. L'activité volcanique commence ensuite à se ralentir et s'achève finalement à la fin du mois. La nature s'apaise. Pas pour très longtemps.
LA VIERGE AU PARASOL SOUS LES LAVES

La période 1939-1963 sera en effet marqué par de nombreuses éruptions de la Fournaise. Deux d'entreelles atteindront la mer, en 1943 où une fissure s'ouvre au pied des grandes pentes et surtout en 1961. Les premières lueurs sont aperçues le 5 avril. Un cratère s'ouvre dans la plaine des Osmondes, entre le piton Crac et le trou Caron. "Un épais flot de lave s'en échappe. Au bout d'une dizaine de jours, le magma très abondant a parcouru les quelques kilomètres qui séparent la bouche d'éruption des basses pentes et la RN2 est menacée", relate le Mémorial. La presse couvre en long et en large l'événement. Le spectacle ne tarde pas à attirer des centaines de curieux de toute l'île. "Le 19 avril, la coulée divisée en deux langues coupe la route sous les regards fascinés de milliers de spectateurs. Il n'y avait jamais eu autant de monde au pied du volcan et le service d'ordre ne parvient pas à empêcher la formation d'immenses embouteillages", raconte le Mémorial. Le jour suivant, les autorités décident d'interdire aux automobilistes de stationner plus de 50 minutes. Ce qui n'empêchera pas des centaines de voitures de rester bloquées pendant des heures, voire la nuit entière sur la chaussée.
Le 20 avril, les laves atteignent la mer dans un immense bouillonnement. Sur leur chemin, elle ont entièrement recouvert la Vierge au Parasol, érigée au début du siècle par M. Leroux, un audacieux propriétaire agricole de Bois-Blanc qui créa notamment une conserverie de palmistes. "En s'installant dans la région, il avait mis ses cultures sous cette protection divine", explique le Mémorial. Ce qui n'empêchera pas les coulées de détruire à plusieurs reprises ses champs. La Vierge au Parasol devient vite un lieu de pèlerinage pour les habitants de Sainte-Rose. A tel point lorsque la lave l'emporte, c'est la stupeur dans le village. Une seconde statue sera d'ailleurs édifiée sur le bord de la nationale, grâce à un descendant de M. Leroux. Mgr Guibert viendra d'ailleurs la bénir le 7 juillet. Depuis, les fidèles se pressent par milliers au Grand-Brûlé tous les 15 août.
J.-Y.B.