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Aout 1998
Plusieurs milliers de visiteurs aux pieds des langues de lave
La grande foule attendue pour ce week-end

Sans battre les records d'affluence enregistrés au Pas de Bellecombe
au mois de mars dernier, à l'occasion du réveil du Piton
de Fournaise, les coulées de lave qui avancent en direction du littoral
devraient attirer la grande foule ce week-end du côté de la
Vierge au Parasol. Hier déjà, un public très familial
s'est rendu sur le front des coulées, aisément accessible,
pour apprécier le fascinant spectacle.

Doucement mais sûrement, sans les kilomètres de bouchons et
l'hystérie collective des premiers jours de l'éruption, le
public arrive à Sainte-Rose pour apprécier le spectacle des
coulées de lave. Hier matin par exemple, aux premières lueurs
du jour, on ne comptait que cinq voitures sur le parking du célèbre
lieu de pèlerinage de la Vierge au Parasol. Alertés par la
presse et la radio, les premiers flots de visiteurs arrivaient en première
partie de matinée. Vacances oblige, c'est en famille que les Réunionnais
viennent voir la "colère" de leur volcan se rapprocher de la mer.
L'ambiance est excellente et nettement moins sportive que pour la visite
du Piton Kapor. Chose amusante, on retrouve un peu l'atmosphère
qui se dégage des pittoresques dimanches à l'Anse des Cascades,
d'ailleurs toute proche... Hier, une fois la voiture garée, il ne
fallait pas plus d'une quinzaine de minutes pour accéder au front
de la coulée et une grosse demi-heure pour voir la lave dévaler
à gros bouillon la pente, un peu plus en amont. Certains "pèlerins"
croyaient même avoir la chance d'observer la lave directement de
la route, la voir même "happer" la bande de bitume. Il est vrai que
jeudi soir, on pouvait s'attendre à ce que les coulées coupent
la route nationale. Un ralentissement du débit des flots en fusion
devait laisser hier bon nombre de visiteurs sur leur faim, du moins ceux
qui n'avaient pas le courage - ou tout simplement la jeunesse - de gravir
une pente de 300m de dénivelé pour profiter du spectacle.
Tous, ou presque, ont cependant emprunté le chemin qui mène
aux coulées. Des granmounes, des dizaines d'enfants, des bébés
et même des chiens de salon étaient de l'expédition.
L'erreur de plusieurs pèlerins ? Avoir cru que cette balade était
facile car courte ! On ne comptait plus, en effet, les enfants en short
et en savate "deux doigts", les dames en talons hauts, les familles parties
sans la moindre goûtte d'eau, sans vêtement de pluie. Malgré
les nombreuses mise en garde (notamment les notres !) certains continuent
de braver un peu inconsciemment les éléments !
UN SPECTACLE EXTRAORDINAIRE
Parfois dans la douleur (beacoup de genoux et de coudes écorchés,
parfois assez sévèrement), les visiteurs arrivés sur
place ne regrettent jamais le spectacle. Tous ou presque repartent avec
un petit morceau de lave séchée. Ce spectacle originel, ce
"feu sacré" dans un décor de rêve, beaucoup n'en croient
pas leurs yeux et leur oreilles. Les arbres s'enflamment san crier gare,
la lave engloutit tout sur son passage. Tous les oiseaux ont fui la zone,
laissant la forêt se débrouiller seule avec ce rouleau compresseur
que rien ne peut arrêter. Le spectacle est si fascinant que beaucoup
ce risquent, après une courte période d'hésitation,
à remuer cette lente masse rouge et brûlante avec des bâtons.
Un trou dans la voûte d'un tunnel de lave permet de vérifier
qu'en dessous, une lave plus chaude encore coule trois fois plus vite.
Hier, vers 11 h par exemple, ils étaient au moins deux cents "les
pieds dans la lave" pratiquement. Pendant que les enfants s'amusent à
"sacrifier" dans le feu des bouts de bois, des reste de sandwichs et même
des casquettes, les anciens restés à distance regardent le
spectacle avec une certaine méfiance. Les vieux Saint-Rosiens, par
exemple, se rappellent que le volcan n'a pas toujours eu la délicatesse
de baver ses laves dans son l'enclos.
Un peu fonction de l'avancée très aléatoire du
front de la coulée et des possibles resctrictions de circulation,
le site de la Vierge au Parasol devrait connaître une grande affluence
ce week-end. Désormais, on va voir les laves comme on va voir le
feu d'artifice sur le Barachois. Gardez néanmoins vos distances
et ne jouez pas au volcanologue !
B.L.
* Vers 15h30 hier, les gendarmes présents sur place ont
dû intervenir pour libérer un enfant en bas âge laissé
dans le véhicule par ses parents, partis voir la coulée...
Et oui ! On ne laisse pas un gamin de deux ans tout seul dans une voiture
!