Le Journal de L'Ile de la Réunion  1 Juin 1998


Selon deux équipes scientifiques, le volcanisme n'est pas complètement éteint

Une activité volcanique identifiée à Mayotte

Deux équipes scientifiques du Centre d'océanologie de l'Université de la Méditerranée à Marseille et du Geomar de l'Université Christian-Albrecht de Kiel en Allemagne, en mission à Mayotte, ont découvert une émanation de gaz carbonique résurgente à la surface d'un platier récifal de Petite-Terre.

Le Pr Bernard Thomassin, directeur de recherche du CNRS au Centre d'océanologie de Marseille, spécialiste du lagon et des récifs coralliens de Mayotte et du sud-ouest de l'océan Indien, a découvert en octobre que des bulles de gaz s'échappant d'un petit cratère immergé contenaient du gaz carbonique acide. Selon le Pr Thomassin, cette découverte apporte la preuve d'une activité volcanique actuelle à Mayotte. Une équipe de géologues allemands, dirigée par le Pr Wolf-Christian Dullo, de l'Institut d'études marines Géomar de l'Université de Kiel, participe aux recherches.
«Si je reprends mes premières études de 1983, avec mon collègue Jean Coudray, professeur à l'Université de la Réunion [Ndlr: où il est responsable du laboratoire des sciences de la Terre], nous estimions que les dernières éruptions du récif de Pamandzi pouvaient dater d'environ 500 000 ans. Or, ces données récentes, ainsi que les datations à partir des coraux arrachés par une dernière éruption volcanique il y a environ 10 000 ans, montrent qu'il y a aujourd'hui encore une manifestation volcanique», explique le Pr Thomassin.

CE N'ÉTAIT PAS LES DJINNS...

«Ce système n'est donc pas éteint, contrairement à ce que tout le monde pense. Un jour ou l'autre, une activité volcanique éruptive et sismique peut se produire. La situation ressemble à celle de certains volcans d'Auvergne, en France», indique encore le scientifique. Observé depuis toujours par les pêcheurs à pied, ce phénomène spectaculaire de bulles était mis sur le compte d'une activité animale profondément enfouie dans la vase, voire de quelques «djinns» hantant le sous-sol du volcan, comme il en est souvent question dans les croyances populaires de l'archipel comorien. Le Pr Thomassin estime avoir découvert à Mayotte une chose unique au monde: des volcans en éruption qui ont traversé les anciennes barrières récifales dans leurs parties fossiles construites il y a 120 à 500 000 ans, peut-être plus.
«J'ai découvert qu'une petite cuvette correspondait sûrement au dernier cycle éruptif de Mayotte, il y a 4 000 ans environ», explique-t-il. A l'aide d'une foreuse hydro-pneumatique, les géologues allemands ont pratiqué le carottage de coraux massifs porites immergés dans la petite cuvette volcanique observée. «Nous essayons de savoir si le squelette du corail se souvient de ce phénomène de bulles», a indiqué le Pr Dullo.

* Le point sur l'activité du Piton de la Fournaise

L'éruption du Piton de la Fournaise se poursuit (douzième semaine). Le niveau de l'activité a beaucoup baissé : peu de projections, mais épisodes explosifs parfois violent au Piton Kapor dans les environs duquel aucune coulée n'est visible. Un itinéraire balisé mène au site (équipement correct nécessaire ; entre 3h30 et 5 heures, selon les pauses). A noter que les coulées sont désormais bien observables en suivant le rempart de l'enclos, après avoir largement dépassé le Piton de Partage, au Nez coupé de Sainte-Rose (environ 4 heures aller-retour, hors pauses).


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