1 Avril 1998
A partir de l'an 2 000, les visiteurs pourront descendre au
volcan en trois minutes.
Ascenseur pour l'Enclos

Dans trois ans, il suffira d'emprunter un ascenseur au Pas de Bellecombe
pour accéder directement au pied du Piton de la Fournaise. Le conseil
général et l'ONF viennent de lancer un appel d'offres pour
la réalisation de l'ouvrage.
«Mesdames, messieurs, bienvenue au rayon volcan, éruptions,
et trémor». Le 1er janvier prochain, le Pas de Bellecombe
sera équipé d'un ascenseur à grande vitesse pour acheminer
les touristes en contrebas du rempart, directement au départ du
sentier menant au sommet du Piton de la Fournaise. Ce projet élaboré
discrètement par l'Office national des Forêts, bien qu'adopté
par l'ancienne assemblée départementale ne semble plus devoir
être remis en cause. Un appel d'offre international vient d'être
lancé pour sa mise en uvre. Selon le cahier des charges retenu,
l'installation devra comporter deux cabines d'une capacité de 50
places chacune. Les visiteurs emprunteront la première pour descendre
et l'autre leur permettra de remonter. Les cabines devront être réalisées
en plexiglas pour ménager une vision panoramique du site pendant
le trajet. L'appel d'offres stipule aussi que la montée comme la
descente devront durer environ trois minutes pour assurer une cadence optimale
de circulation : 130 va-et-vient seront possibles durant les 13 heures
de mise en service quotidien (de 6h à 19h). Trois minutes supplémentaires
seront prévues pour l'embarquement/débarquement des passagers
: les cabines couplées pourront transporter 13 000 personnes chaque
jour. Deux constructeurs sont déjà en lice pour décrocher
le marché : le géant américain Otis et son rival français
Roux et Combaluzier.
Les défis techniques se multiplient pour la réalisation
d'un tel projet. Contrairement aux apparences, la paroi de l'Enclos ne
présente pas toute la verticalité parfaite requise pour accueillier
un tel équipement. Deux solutions sont envisageables : l'ascenseur
peut suivre une trajectoire oblique parallèle à la falaise
à la manière d'un funiculaire, ou bien une passerelle aménagée
en surplomb permet de conserver un axe perpendiculaire pour les cabines.
Un autre point d'interrogation concerne l'alimentation en énergie.
Comment obtenir l'électricité nécessaire au fonctionnement
de l'installation : groupe électrogène ou raccordement au
réseau EDF ? Chaque option présente ses avantages et ses
inconvénients. Compte tenu de l'énergie nécessaire
à l'installation, il faudrait un groupe électrogène
surpuissant, qui fonctionnerait de concert avec l'ascenseur avec toutes
les contraintes que cela implique : approvisionnement régulier en
gazole, risque de pollution, bruit. Le raccordement au réseau électrique,
incontestablement plus propre, exige cependant des kilomètres de
câble que personne ne souhaite voir dans le paysage, d'où
un surcoût lié à leur enfouissement. La sécurité
de l'installation soulève aussi de nombreuses questions en raison
de l'environnement peu favorable : la roche déjà friable,
qui pourrait être affectée par la sismicité propre
au volcan, impose un ancrage particulièrement délicat. En
période de crise, l'observatoire volcanologique sera chargé
de surveiller tous les mouvements de terrain susceptibles d'altérer
la stabilité de la structure. L'incertitude demeure sur une éventuelle
mise en service durant les éruptions. En dépit de tous ces
obstacles, le cahier des charges prévoit une mise en service dès
janvier 2 000. A l'aube du prochain millénaire - dans moins de deux
ans -, la visite du volcan deviendra une promenade de santé avec
la suppression de la descente un peu abrupte des quelque 500 marches menant
à l'enclos. Une simple pression sur un bouton et trois minutes de
patience rendront le Piton accessible à tous les visiteurs y compris
les jeunes enfants et les personnes âgées.
L'ONF, responsable de la protection du site, assure que sa préservation
restera une priorité. Le dossier de candidature devra comporter
une étude environnementale précisant l'impact écologique
de l'installation et son intégration esthétique dans le paysage.
«Nous ferons du volcan le symbole d'une exploitation touristique
maîtrisée. L'appel d'offre détaille les critères
obligatoires : une installation «propre», silencieuse et se
fondant visuellement dans le paysage». Dans vingt mois, chacun pourra
constater de visu, la réalité de l'ascenseur écolo
du Piton de la Fournaise.
Xavier Sireyjol